" Les Ondes et les Hommes, Histoire de la Radio "

Maurice Guierre
Julliard 1951 (page 183 à 194)

 

 

" Le premier Radar était né, conçu,
construit, monté par des Français (1934). "

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L'historique de la création et des progrès du radar.

 

Bien entendu, de telles réalisations ont nécessité de la part des savants, techniciens, constructeur, des travaux obstinés dont nous allons retracer les étapes.

Hertz se démontra expérimentalement la possibilité de faire réfléchir les ondes électromagnétiques par des écrans, comme on sait le faire pour les ondes lumineuses avec des miroirs ; mais de ces constatations scientifiques, il ne chercha pas à tirer les conséquences pratiques.
Un fait beaucoup moins connu, est mis en relief par M.Al.Damaniovitch, professeur à la faculté électrotechnique de Belgrade (voir bulletin de la société française des électriciens, février 1951,) est que, dès 1917, Nikola Tesla détermina les bases physiques du radar. Le monde suivait alors avec angoisse l'évolution de la guerre sous-marine à outrance menée par les Allemands quand, en août 1917, la revue américaine "The electrical experimenteur", publia, sous la signature du grand savant, les lignes que voici : " il est possible de déterminer la position du sous-marin à l'aide des ondes électromagnétique. Si nous émettons pendant une très petite fraction de seconde, un faisceau d'ondes bien concentrées d'un oscillateur de très haute fréquence et si, après la réflexion par l'obstacle que constitue le sous-marin, nous le rendons visible sur l'écran fluorescent à bord du bateau d'où nous venons d'émettre le faisceau, ou d'un autre bateau, nous pouvons alors déterminer l'endroit où il se trouve... Les ondes du faisceau doivent être ultracourtes. Ceci est très important. Et, à part cela, ce faisceau doit posséder une puissance énorme, c'est-à-dire qu'il doit donner des impulsions d'une puissance de quelques milliers de kilowatts, etc. "

Vision prophétique, mais dont la réalisation était alors impossible.

En 1922, des physiciens anglais E.V.Appleton (prix Nobel, 1914) et A.F.Barnett utilise faire l'écho électromagnétique, pour mesurer la distance de la couche d'Heaviside.

En 1927, MM. Camille Gutton et Pierret firent, dans la cour de la faculté des sciences de Nancy, des essais d'écho avec onde de 16 cm. C'est précisément un fils de M. Camille Gutton, M. Henri Gutton, qui fut, au centre de la recherche technique de la compagnie générale de la T.S.F. l'un des brillants radio techniciens qui ont participé à la création du radar. Le chef du laboratoire était alors (1934) M. Maurice Ponte, actuellement directeur général de cette compagnie.

Après avoir fait ses études au Prytanée militaire, entré premier à l'École normale supérieure, M. Maurice Ponte obtint son agrégation de physique en 1924. Il travailla alors avec M. Maurice de Broglie sur les associations des ondes à l'électron et réussi l'expérience par laquelle est confirmée matériellement la théorie de cet illustre savant sur la coexistence de l'électron avec son onde d'accompagnement.

Il fait ensuite un stage à Londres, au laboratoire Faraday, sous la direction de Sir William Bragg et revient en 1929 à Paris, où il est nommé ingénieur en chef des services des lampes de TSF à la Sociétés Radiotechniques et à la Société Française Radio-électrique, puis directeur du centre de recherche technique de la Compagnie Générale de TSF.
S'il est vrai qu'entre le technicien et le but qu'il choisit, existe un lien de prédestination, peut-être même une relation physique, on peut affirmer que M. Maurice Ponte et l'homme des électrons. Mince, le vif, toujours en alerte, l'esprit lumineux et le geste prompt, il semble jongler sans cesse avec que ces petites balles auquel il aime à comparer les électrons.

Un troisième technicien de premier plan fut bientôt associé aux travaux concernant le magnétron: M.R. Warneck, docteur ès sciences physiques, actuellement directeur du département des recherches concernant les tubes électroniques à la même compagnie.
Le principe du magnétron a été de couvert vers 1928 par un Japonais qui n'en tira qu'un tube de laboratoire.
Ici la technique de la lampe à trois électrodes et complètement bouleversées : nous retrouvons bien la cathode qui émet des électrons, mais les anodins (les plaques) sont constitués par des segments d'un cylindre de cuivre, le creux est interrompu par un certain nombre de ventes qui débouchent dans des alvéoles cylindriques, formant cavités résonantes.
Les électrons projetés par la cathode, tournent autour d'elle sous l'effet d'un champ magnétique parallèle à l'axe, fourni par un électro-aimant. L'image suivante nous est donnée par Monsieur Ponte lui-même : " le magnétron représente une sorte d'alternateur électrostatique ou un anneau d'électrons cannelés (pôles de l'inducteur) tourne à une allure vertigineuse devant les lèvres de multiples cavités qui représentent les pôles de l'induit. " (Le radar, par Maurice Ponte et Pierre Grivet, (science et vie).
L'énergie haute fréquence est prélevée au moyen d'une boucle placée dans une cavité.
Les recherches faites au laboratoire de la compagnie générale de TSF, conduite depuis 1930 par magnétrons, jusqu'à 70 cm de longueur d'onde, et par lampes à champ de freinage (sur le 16 cm) ont permis, en 1934, de sensibles progrès quand M. Henri Gutton, soumet à Monsieur Ponte l'idée de pousser plus avant les travaux entrepris en 1927 par son père, sur la propagation des ondes ultra-courtes.
Une expérience fortuite vint confirmer leurs premiers espoirs. Au cours d'essais, le fait dans la cour de l'usine de la SFR à Levallois, du réglage d'un émetteur à magnétron sur 80 cm, une réception parasitaire se révéla qui troublait l'expérience en cours sans que l'on pût tout d'abord en déceler l'origine. Une observation plus attentive permit de constater la concordance entre ce phénomène et des coups de vent qui faisaient tourner les nombreuses bicyclettes du personnel suspendu sous le toit d'un abri...
Intrigués par cette coïncidence, les techniciens, furent conduits à conclure à un phénomène tournent écho sur les pièces métalliques des bicyclettes ; en même temps que celles-ci tournaient sous l'action du vent, tournait l'écho. Un moyen s'offrait donc de mesurer un gisement un comité de direction, réunis aussitôt, décidant la réalisation d'un équipement spécial de détection pare écho. Quelles ondes employez ? Métriques ou centimétriques ?. Après discussion, ces dernières furent retenues. Et fort heureusement car tout l'avenir du nouveau détecteur (que l'on appelait pas encore " radar ", mais détecteur d'obstacles) allait en dépendre. Nous allons désormais voir la compagnie générale de TSF travailler avec obstination à l'utilisation des ondes centimétriques tandis que d'autres s'attarderont aux ondes métriques.

A priori, on eût dû lui donner raison. D'abord pour la nécessité que nous avons signalé de concentrer les ondes en un faisceau assez fin pour que la mesure du gisement soit précise ; ensuite parce que, pour une surface donnée d'embouchure des projecteurs et récepteurs, la portée est inversement proportionnelle à la racine carrée de la longueur d'onde. (Monsieur Ponte).
Mais la difficulté était de faire reproduire une puissance suffisante par un magnétron sur ondes ultracourtes. Elle sera résolue pourtant : nous voyons aujourd'hui, après les ondes centimétriques, employé par les Anglais, les ondes millimétriques et la puissance du générateur de tendre vers dix mégawatts (10 000 kW). Mais pas d'anticipations actives ! Examinons, étape par étape, les progrès réalisés au prix de quelles difficultés !
Après un premier essai dans la banlieue parisienne, l'équipement d'un navire fut proposé à la compagnie générale transatlantique dont la direction, toujours à l'affût des perfectionnements capables d'aider à la navigation et à la sauvegarde des vies humaines en mer, prit la décision d'accueillir les appareils sur le cargo Orégon (novembre. 1934).
Les émetteurs, a émission modulée continue, furent installés l'un sur 80 cm de longueur d'onde et l'autre sur 16 cm, donnant un faisceau plus aigu ; les antennes donnaient des ouvertures très larges (90 degrés). Émetteurs et récepteurs étaient munis de miroir cylindro paraboliques.

Le premier Radar était né, conçu, construit, monté par des Français (1934).

Les essais mirent en évidence l'efficacité du système. Les seuls incidents notables concernant les dispositifs mécaniques de l'installation, dont la robustesse n'était pas suffisant pour résister aux mauvais temps. Défaut auxquels les constructeurs remédièrent dans l'équipement du paquebot Normandie monté en août 1935, avec ondes de 16 cm et aériens paraboliques de 83 cm d'ouverture, entraînés par commandes automatiques. La puissance de l'émetteur n'était que de quelques dixièmes de watts, suffisante pourtant pour détecter à 10 km des navires de 5000 à 6000 tx.
À la même époque, des observations d'écho sur avion avec emplois dont deux métriques pour la détection éloignée, inciter à Monsieur Ponte à établir (le 10 mars 1935) une note " sur le repérage d'objets mobiles par ondes ultracourtes et sur ses applications immédiates à la Défense Nationale ". Cette note confidentielle, destinée aux services de la défense nationale, prévoyait des bases terrestres et maritimes pour la localisation exacte des obstacles à l'aide des ondes de 4 à 6 cm et des puissances de plusieurs kW en crête. Elle resta sans effet...

L'armée et la marine s'intéressaient aux " barrages ". La seconde devenait bien expérimentée, à Toulon en février 1935, les appareils de C.S.F sûre de 16 cm concurremment avec ceux de M. David sur ondes métriques pour les " barrages ", mais il lui était apparu que la puissance sur ondes centimétriques était insuffisante ; aussi en resta-t-elle provisoirement, à l'emploi des barrages sur ondes métriques.

Les Anglais et américains ne furent pas le long à saisir tout l'intérêt de la détection paraît écho électromagnétique.
L'équipement radar du Normandie n'avait pas manqué de retenir leur attention.
En cette même année 1935, en Angleterre, le comité constitué pour l'étude des moyens de défense aérienne le reçu de Sir Robert Watson-Watt -- alors chef de la section radio -- du laboratoire national de physique, une suggestion pour le signalement a distance des avions par la détection électromagnétique. Ce comité retint l'idée qui, après une première expérience, a abouti : le 5 décembre 1935, le ministère de l'air britannique décidait la construction sur la côte Est d'Angleterre de cette station espacée de 25 en 25 milles pour protéger l'estuaire de la Tamise ; c'était les premiers maillots de la chaîne et qui allaient sauver Londres en 1940. Au printemps 1937,15 autres stations allaient être montées pour protéger les côtes Est et sud-est. S'agit-il de la détection des navires, ce n'est qu'en septembre 1938 que les premiers détecteurs anglais -- A.S. V. -- furent expérimentés ; en juin 1939, de nouveaux détecteurs d'avions (A.I.) fonctionnèrent sur ondes de 1 m 50. Aussitôt apparu la nécessité d'ondes plus courtes.

Ce fut en 1935, également, que les autorités navales américaines s'attaquer au problème : l'amiral Bowens obtint du congrès, dans ce but, un premier crédit de 100 000 dollars ; si l'on se rapporte alors document officiel, et notamment au rapport du 15 août 1945, établi par l'intercommité " des informations de l'office des recherches scientifiques ", ce n'est qu'en avril 1937 que les Américains firent leurs premiers essais de radar, à bord de vieux destroyer Leary, essais effectués à l'embouchure de la Cheasepeake, en présence du secrétaire adjoint à la marine et de l'amiral Leahy, alors chef des opérations.
À la même époque, le ministère de la guerre et la commission parlementaire de l'armée assistaient à Fort Monmouth, à des expériences de détection d'avions et de télé pointage asservi des projecteurs de DCA . Quand, en décembre 1938, le steamer New York fut à son tour doté d'un radar, ce fut sur ondes de 1 m 50. Dans aucun pays autre que le nôtre n'avait été établi, à cette époque, un équipement radar sur ondes ultracourtes, équipement qui devait précisément assurer l'efficacité de la détection et la localisation des objectifs (c'est en janvier 1941 que le Radiation Laboratory obtint des échos de son premier équipement radar à ondes centimétriques. -- rapport de l'inter comité des informations de l'office des recherches scientifiques).

De tout ceci ressort nettement que l'honneur revint à une équipe française (Compagnie Générale de TSF et Société Française Radio-électrique -- SFR --) d'avoir créé le premier radar.
Mais il est au moins aussi important de souligner -- autant que la justesse de vue de ses créateurs -- leur obstination a triomphé de l'indifférence.
Dans le courant de 1938, la SFR avait installé aura voit une station fixe expérimentale équipée avec un émetteur à impulsion.
Au vrai, le principe en était connu depuis longtemps. En 1925, le docteur Grégory Breit et le docteur Merle A.Tuve, de l'institut Carnegie, l'avaient utilisé pour mesurer l'auteur de l'ionosphère par la méthode de l'écho sur les couches supérieures atmosphériques.
L'émetteur concentre son énergie pendant la plus grande partie du temps pour lancer en pointe, brusquement, pendant un instant très bref, mais avec une énorme intensité ; si l'écart entre deux pulsations -- de tente -- est de quelques millièmes de seconde, l'émission ne durera qu'un millionième de seconde. Un générateur qui, en émission ordinaire, fournirait dix Watt peut ainsi donner des pointes de plusieurs dizaines de kilowatts.
Le récepteur est mis en service pendant les émissions, mais fonctionne pendant les intervalles, en sorte que les échos peuvent lui parvenir entre deux impulsions.
Le mérite des ingénieurs français fut de réaliser un générateur qui, utilisant cet artifice, a permis l'accroissement de la puissance d'écho sur des ondes beaucoup plus courtes.
Le premier émetteur à impulsion montée au Havre fournissait une puissance de crêtes de dix Watt assure 16 cm de longueur d'ondes ; à la suite des perfectionnements apportés au manier tronc par M. Maurice Ponte et Robert Warneck, la puissance de créateurs atteignit 50 watts.

Arrivé l'année cruciale 1939.
Que faisions-nous, en France, en matière de radar ?
Les autorités ne semblaient pas avoir compris l'urgence d'une solution. Nous en resquillions aux tâtonnements. Pourtant l'horizon politique se chargeait de menaces. Ce que voyant, l'Angleterre travailler fébrilement à réaliser le programme conçu par le ministère de l'air, tandis que les États-Unis perfectionner leur prototype est passé la première commande de séries à l'industrie.
Assez déçu de l'accueil tout à fait réservé des services officiels a appelé à utiliser la radio détection, les directeurs de la CSF et de la SFR (Émile Girardeau et son équipe ) organisèrent , le 25 mars 1939, une séance de démonstration à laquelle furent conviés tous les dirigeants des services techniques de télécommunications des divers ministères ; un train spécial transporta tout le monde au Havre où le radar de 16 cm établi à Sainte Adresse permit de détecter les navires au large et dans la rade : les cargos de 3 à 6000 tonnes apparaissaient à 8 km ; les barques de pêche à 3 ; la distance était mesurée avec un écart probable de 200 mètres et la direction indiquée à deux ou trois degrés prêts. À la fin de mai, grâce à un magnétron plus puissant, les distances étaient presque doublées et la précision des mesures augmentées. De tels résultats ne se comparent pas, bien sûr, à ce que l'on obtient aujourd'hui ; mais l'important n'était-il pas de prévoir l'avenir ? Les seuls représentants de la marine furent vivement impressionnés. Le commandant en chef des forces maritimes se serait même écrié : " qu'on mette le croiseur Strasbourg à la disposition des constructeurs pendant un mois. " Quoi qu'il en soit, un programme de construction fut mis à l'étude auxquelles participaient le professeur d'hydrographie Mesny et l'ingénieur en chef G.M. Ragonnet.
La réaction du ministère de l'air fut nulle, soit que ses représentants n'eussent pas compris l'intérêt du système, soit qu'ils ne fussent pas suivis par leurs chefs.
La direction des transmissions dollars B. ne comprit pas davantage : au directeur de la CSF qui exposé des possibilités devenues peu après des réalités, il le fut répondu : " ce sont là des vues utopiques ! "
Mais en septembre 1939, le coût de théâtre : les Anglais nous mettent au courant de leur réalisation. Elles étaient d'importance !
Depuis 1938, dès l'époque de Munich, la défense aérienne britannique avait plus armé toues les postes de radar prévu sur la côte Est. Dès ce moment, l'Angleterre avait dépensé 2 millions de livres sterling -- plus d'un milliard de nos francs d'aujourd'hui -- pour sa défense par radar. Depuis l'invasion de la Bohême par les armées allemandes, la Grande-Bretagne avait organisé un service de veille permanente radar sur les côtes de la mer du Nord est désormais les avions rapprochant la côte Est d'Angleterre ne cesseraient d'être détectés et suivis sur la carte.
Les laboratoires britanniques météo. Deux autres équipements radar destinés à être monté à bord des avions, un équipement aérien contre vaisseaux (A.S.V), un autre destiné à l'interception des avions ennemis par les chasseurs nocturnes (A.I.). Le prototype de ce dernier devait être achevé fin juin 1939 et essayé en présence de M. Churchill lui-même. Les chasseurs détecteront les bombardiers sur le radar de bord de 500 à 4000 mètres.
Le 1er août, le général commandant en chef du Fighter Command demandera pour la fin du mois la réalisation de 30 équipements de bord.

Devant tant déficience, le responsable s'énerver hier, non sans quelque confusion de s'être laissé distancer.
C'est un fait que de 1935 à 1939, les travaux de recherche et de réalisation concernant le radar effectués en France ont été poursuivi par le groupe industriel et qu'il avait créé, sans aucune commande, ni subvention des services officiels, alors qu'au 31 décembre 1939 le gouvernement britannique avait dépensé dans ce but plus de 3 millions de livres sterling.
Après contact avec les services britanniques, la direction des transmissions se borna à demander aux Anglais des radars d'alerte analogues à ceux qu'ils avaient installé sur leurs côtes ; une faible partie en fut livrée avant mai 1940.


Les dirigeants de CSF se récrièrent : " les équipements britanniques sur un mètre cinquante conviennent sans doute détection approximative à distance relativement longue ; ce sont des installations qui conviennent à la protection des côtes mais qui ne donneront pas des résultats satisfaisants sur le continent ; le radar, tels que nous l'avons conçu, pourra rendre bien d'autres services et notamment permettre d'établir instantanément les coordonnées de tire sur des objectifs mêmes invisibles, à la condition d'utiliser des ondes ultracourtes, seules capables de donner la direction et la distance avec précision. "

Tout cela, qui fut considéré par les spécialistes militaires comme vues d'esprit aventureux, c'était exactement, formulée en 1939, par des industriels français, le programme qui devait être établi au mois de septembre 1940 par le " comité américain des ondes ultracourtes " (Microwave Comittee), présidée par le docteur Alfred L.Loomis, au cours de conférences avec la mission britanniques et de Sir Henry Tizard, envoyée à Washington pour échange d'information scientifique concernant la défense nationale.

La marine, à la fin de 1938, avait adopté l'émission par impulsion pour la détection des avions et commandés à la société de matériels téléphoniques un émetteur d'essai de 1 kW. La Radio Industrie avait construit pour le ministère de l'air est camion de télévision fonctionnant sur l'onde de cinq mètres. Ces appareils avaient été essayés à Villacoublay vers le milieu de 1939. On décida de les modifier et de leurs adjoindre un générateur d'impulsions. Ceci fait, on expédia le camion à Toulon où il fut expérimenté au cap Sicié. Avec une puissance de crêtes de 15 kW, il donna des portées de 100 km.
En septembre octobre 1939,1 maquette établie par la Sadir fut envoyée à Carqueiranne près de Toulon ; sur ondes de six mètres, avec une puissance de crêtes de 12 kW, la portée atteignit 50 à 60 km.
À la fin des 1939,1 station d'expérience montée avec un matériel analogue au cap Sicié; sur ondes de 6,1 m, avec une puissance de crêtes de 25 kW, la portée sur avions atteignit 60 à 130 kilomètres.
Des commandes de série furent lancées chez les deux constructeurs précités pour des matériels utilisant les ondes de cinq à six mètres.
Entre février mai 1940 la société L.M.T installera dans l'île de Port Cros un émetteur qui, sur 6,25 mètres de longueur d'onde atteindra une puissance de 350 kW en crêtes ; la portée sur avions dépassera largement 130 kilomètres et les échos sur la Corse, à 210 km, se révéleront très fort. Mais toutes ces installations d'alerte, analogue au dispositif Anglais, ne répondait pas au programme qui devait permettre de réaliser les radars sur ondes centimétriques. Constatant le manque absolu de protection antiaérienne de la capitale, et informer les travaux de l'équipe industrielle française CSF -- SFR, comme aussi de l'indifférence de ce qui aurait dû les encourager, le général Héring, gouverneur militaire de Paris, prit le 20 septembre 1939 l'initiative de convoquer Monsieur Émile Girardeau. Il pria son exposé du problème un intérêt tel qu'il le pria de leur refaire devant quatre généraux, dont le chef de la défense antiaérienne au grand quartier général. Après quoi la décision fut prise de facilité par tout moyen de l'étude et la réalisation d'une station radar, fonctionnant et sur ondes de trois mettent, pour la détection d'alerte, et sur ondes ultracourtes (16 cm) pour la détection destinée aux réglages du tir des batteries d'artillerie ceinturant la capitale. Le ministère de la guerre accorderait île les crédits ? Peu importait ! L'industrie concernée acceptait de prendre tout frais et risques à sa charge ; elle demandait seulement un ordre d'exécution et les facilités d'actions.
Tout fut mis en branle pour essayer de regagner le temps perdu avant la guerre : les détecteurs furent construits et montés. Au premier essai, le magnétron se révéla d'une puissance insuffisante pour la détection à bonne distance d'un avion isolé ; mais dès les débuts de 1940, le magnétron à impulsions, utilisant la résonance et la cathode oxydée, sera créé et augmentera la portée.
D'autres essais furent faits sur ondes décimétriques, avec le matériel SFR, à La Pointe St Mathieu, de septembre 1939 à juin 1940 ; outre les constatations sur la portée, il en ressortit celle-ci : les rochers et balises situés dans le champ de l'appareil était bien détectés, ce qui ouvrait des horizons nouveaux. Cependant l'installation de Sannois, près de Paris, pour détection d'un avion, commencer ces essais avec les deux appareils : l'un pour la détection éloignée, comportait un émetteur donnant 25 kW, sur trois mètres de longueur d'onde ; l'autre, pour la détection rapprochée émettait sur 16 cm.
Les résultats se révélaient fructueux, après dix mois de travail, délai cour pour de telles réalisations, mais hélas ! Nous étions déjà en juin 1940...
De l'autre côté du canal, une vingtaine de stations fixes, constituant une chaîne de défense, était en action ; d'autres stations souterraines de réserve, en cours de construction.
Nous n'y rayons pas jusqu'à prétendre que cette organisation fut sans lacune. Nom du fait du personnel, remarquablement entraînés. Personnel entièrement féminin, d'ailleurs ! Mais, matériellement, le système était encore bien loin de la perfection. Les radars anglais de 1938 -- 1939 était en quelque sorte des phares hertziens balayant l'horizon, mais dont le faisceau ne pouvait explorer utilement le voisinage de la mère parce que celles-ci renvoyées des échos flous. De sorte qu'un avion rasant les flots à quelque cent mètres d'altitude ne pouvait pas être détecté.
On le vit bien au cours du minage des ports du Nord par les avions allemands.
Il a fallu en venir à l'emploi d'ondes plus courtes et de réflecteurs paraboliques -- la technique même des créateurs français du radar. Les recherches nécessaires avaient été entreprises par l' amirauté Britannique, en liaison avec le War Office ; au début de l'été 1939,un prototype avait été réalisé et essayé à la station de Bawdsey : il donnait la précision remarquable de quelques minutes d'arc ; il écumait littéralement la mère et ne laissait échapper ni le moindre navire ni un avion volant bas. Aussi futiles construits en série à la déclaration de la guerre.
Ce modèle utilisait l'onde décimétrique et le magnétron ; mais la puissance de celui-ci était trop faible est trop rapide de l'usure de sa cathode .

Les radaristes Anglais n'en attendaient pas moins avec une entière confiance en leur matériel l'attaque aérienne allemande .

Or, qui virent-ils arriver tout d'abord ?

Un ingénieur français, porteur d'un générateur d'ondes courtes à impulsions, très supérieur à tout ce que les Anglais avaient fabriqués : un magnétron dans la défense nationale française n'avait pas su tirer tout le parti possible, qui contribuerait cependant pour ça bonne part à la victoire. M. Ponte, mobilisé, venait de recevoir l'ordre de transporter en Angleterre quelques exemplaire du magnétron à résonance et à cathode à oxydes qui venait d'être mis au point dans les laboratoires de la CSF.
Le voici donc, à bord du Calais Douvres, tout papier en règle, mais porteur d'une mystérieuse petite boîte que le douanier de service se refusa à laisser passer. " Des magnétrons ? Connais pas ! Je ne trouve pas cet article sur les listes ... "

Tant il est vrai que dans les circonstances les plus dramatiques de l'histoire, un fait burlesque surgit parfois, l'opposition de ce modeste fonctionnaire anglais eût pu changer le cours de maints événements n' eussent été l'autorité et l'obstination du " délinquant ".

Les petits tubes ayant franchi le barrage douanier, furent remis, le 9 mai 1940, au laboratoire anglais de Wembley. M. Ponte n'eut que le temps de rallier la France avant l'offensive allemande.
Les techniciens Anglais reconnurent fort loyalement par la suite que la remise de ces nouveaux générateurs " leur avaient ouvert de larges horizons et permis de gagner au moins six mois " dans la création de ses radars à ondes ultracourtes qui ont apporté une contribution si important à la victoire des alliés.
Ce magnétron figure actuellement dans le musée de la société britannique General Electric C°.


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Maurice Guierre
Julliard 1951 (page 183 à 194)